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De nouveaux compagnons de voyage après une mastectomie

Témoignage d’une survivante du cancer du sein qui raconte son rapport au corps après une mastectomie.

J’étais encore en convalescence lorsque j’ai commencé à réfléchir à des prénoms. J’ai essayé toutes les combinaisons possibles : Geneviève et Françoise, Véronique et Davina, Fifi et Martine, Thelma et Louise. Sans rire, l’espace d’un instant, j’ai même envisagé Laurel et Hardy. Avant l’arrivée des « jumelles », je savais que j’allais tirer le meilleur parti de la situation et le fait de leur donner des prénoms était une bonne manière d’affirmer ma force, ma détermination et mon humour. Voici mon témoignage de survivante du cancer du sein.

 

À peine sorties de leur boîte Amoena (très élégante, soit dit en passant), je les baptisais Geneviève et Françoise. Mon opération ayant repoussé mon voyage d’anniversaire tant attendu (et bien mérité) à Paris, je me suis dit qu’opter pour des prénoms français me rapprocherait de la capitale française. S’il y a bien un duo qui pouvait réussir ce voyage dans la Ville lumière, c’était bien Geneviève et Françoise, non ?

 

Et pour celles qui se demandent comment faire pour les différencier l’une de l’autre, pas d’inquiétude : contrairement à vos deux cousines jumelles homozygotes pendant les réunions de famille, les miennes sont tellement interchangeables que je n’ai pas à me soucier de qui est qui. Geneviève est aussi heureuse à gauche qu’à droite dans les bonnets de mon soutien-gorge.

 

Françoise, quant à elle, fait preuve des mêmes capacités d’adaptation. En tout cas, elles ne m’ont pas encore joué de mauvais tour et toutes deux semblent faire la paire.

 

J’ai compris que la survivante du cancer du sein que j’étais allait devoir y aller progressivement, aussi bien pour ma convalescence que pour présenter Geneviève et Françoise au monde. Pour vous prouver à quel point je suis une personne raisonnable, j’ai décidé que pour notre première sortie, une grande promenade à pied serait idéale. Les filles ont fait de cette balade une vraie partie de plaisir et ont tenu la distance sans sourciller. J’ai même dû revérifier une ou deux fois qu’elles étaient toujours là parce que je les avais complètement oubliées.

 

Il ne m’a pas fallu longtemps pour les emmener au restaurant, au cinéma, au yoga… et même à la piscine. Je vous assure, ces deux jeunettes apprennent vite et elles savent se tenir ! Une fois, j’ai dû les laisser à la maison parce qu’une pesée était prévue, mais elles n’ont rien dit. Il m’a quand même semblé surprendre un regard en coin lancé par Françoise…

 

En virée shopping, je me suis surprise en train de m’excuser platement (ou pleinement, en l’occurrence !) auprès de Geneviève (ou était-ce Françoise ?) : en plus d’être fermes et rebondies, elles ont l’audace de siéger légèrement plus haut que mes précédentes comparses. Résultat ? Lorsque mon bras les effleure, ce n’est pas sans me surprendre et, l’espace d’un instant, je me dis : « mais qu’est-ce que… ? ». Heureusement, en rien de temps, elles ont su se faire une place dans mes t-shirts et nous nous sentons bien toutes les trois, ensemble.

 

Et puisque l’on parle de shopping, les filles m’ont permis de remettre tout un tas de t-shirts auparavant trop échancrés, des robes un peu trop près du corps et même des hauts un brin trop ajustés ; tous me vont désormais comme un gant. Le meilleur dans tout ça, c’est que j’ai vraiment plus de choix lors de sorties shopping. Les jumelles ont une préférence pour les vêtements qui mettent en valeur notre nouvelle silhouette et elles m’encouragent constamment à essayer des choses que je ne pouvais me permettre auparavant. On dirait qu’elles ne se lassent pas d’être sous les feux de la rampe !

 

Je bien l’intention de ne pas laisser mon statut de survivante du cancer du sein et ma double mastectomie me définir négativement. Je continue sans relâche à rechercher des stratégies qui rendront cette épreuve un peu moins effrayante. Récemment, j’ai eu un fou rire en m’imaginant mettre en scène les jumelles comme ce nain de jardin voyageur bien connu. Mais si, vous savez, celui qui se fait prendre en photo aux quatre coins du monde ? Cette idée farfelue m’est venue de l’un de mes films préférés (français, justement) : Le Fabuleux destin d’Amélie Poulain.

 

Même si je n’ai ni les moyens financiers ni le temps de parcourir le monde avec mes acolytes, je me suis dit que ce serait amusant de relever le défi « nain voyageur ». Alors si vous êtes une survivante du cancer du sein, la prochaine fois que vous vous rendez dans un endroit exotique, n’oubliez pas de prendre une photo. Je suis convaincue qu’à la suite d’une opération, nos aventures et nos voyages valent la peine d’être racontés en images pour prouver que la vie continue, et bien souvent, de manière plus intense qu’auparavant.

 

En attendant, j’espère pouvoir emmener Geneviève et Françoise visiter Paris en avril prochain. Pour bien m’y préparer, elles essaient de me faire manger des escargots : ne leur dites pas, mais je les jette dès qu’elles ont le dos tourné ! De mon côté, je tente de les persuader de porter un béret, mais elles sont catégoriques : aucune chance que ça tienne. Cela ne nous empêche pas d’être d’accord sur plein d’autres choses comme le chocolat, le vin et la baguette. Nous partageons aussi une aversion marquée pour les mimes. J’ai pourtant envie de faire remarquer à Geneviève et Françoise qu’elles partagent un point commun avec ces artistes : sans jamais piper mot, elles donnent parfaitement le change !

 

Finalement, pour pallier le stress représenté par l’avion et le lymphœdème qui pourrait s’ensuivre, la survivante du cancer du sein que je suis se dit que les Lymphedivas® sont nos amies et qu’elles adoreraient faire partie du voyage. Que de glamour !

 

C’est la vie !